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Ma vie : mon passé  ( suite )


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Ma vie - Mon passé

 

Seuls face à un désert, à l'immensité d'un paysage brûlé, aride... On est comme face à son destin. J'ai éprouvé ce sentiment en Inde et dans d'autres déserts aussi...
Je n'ai presque jamais dansé. Le bal m'attirait comme toutes les jeunes filles, mais je n'avais jamais appris à danser et les rares fêtes auxquelles j'assistais ne m'ont pas permis d'apprendre. De plus j'ai eu de ces rares danses quelques bons souvenirs, mais surtout des mauvais. Je me souvenirs d'un inconnu rougeaud, ce n'était pas de sa faute, bien sûr, mais pourquoi s'était-il permis de coller sa joue contre la mienne pendant toute une danse ? Je n'avais pas osé me rebiffer ..
. Plus tard, j'étais mariée et mariée à quelqu'un qui ne dansait pas.

La connaissance de mon mari

C'est dans la ferme familiale de mon mari que nous avons fêté nos fiançailles. Mes parents ne voulaient pas venir. Il a presque fallu que je les supplie. Ensuite mon père s'est plait de ne pas manger assez dans la belle famille...Nous nous sommes tout de même passé la bague au doigt en présence des proches.

Souvenirs du Maroc dans les années 70

Les souvenirs de vie passée se parent souvent de douceurs ou de rejets inventés suivant l'humeur au moment du retour des images...
Nous avons donc vécu plusieurs années, au Maroc, mon mari et moi. Mon mari y était allé pour son service militaire. Il devait deux ans d'enseignement. Finalement il y est resté 12 ans. Je l'ai rejoint et j'y ai vécu 8 ans. L'été lorsqu'il commençait à faire chaud nous allions en France. La chaleur y devenait étouffante pour nous. A 30° les français se plaignent!!! Chez eux, l'été, il peut y avoir 45° voire 50° dans le désert; heureusement c'est une chaleur sèche. Pour avoir beaucoup voyagé dans le monde, je sais faire la différence entre une chaleur sèche et la moiteur étouffante!!!

Je m’habituais peu à peu à ma nouvelle vie. Avec R. je  faisais des photos, surtout des photos des enfants, mon mari faisant les photos touristiques, des films super huit et des diaporamas. Lui s'occupait davantage de la technique, moi des idées. Nous faisions aussi des animations de jouets. J'avais gagné un concours pour l'une de mes photos qui était un reflet sur l'eau et qui ressemblait à une peinture. Mon mari en avait gagné plusieurs, mais la mienne était dans les premières places.

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Meknès en 1971

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Le thé à la menthe, très sucré, délicieux, qu'on vous offre si facilement, même dans les souks. Le pain...


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Les billets de dirhams avec la tête de Hassan 2 et la main de fatma, la main protectrice en bijou...


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Les épices et les fruits secs du souk...


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Le panneau stop sur les routes et le drapeau du Maroc



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La belle porte Bab Mansour de la médina de Meknès et des sigles divers

 
Si chaque façon d’aborder une œuvre est un choix et si l’œuvre d’art révèle toute sa richesse à celui qui est attentif, alors, la maternité, l’éducation, me paraissent comme des œuvres d’art.
Chers tous,
Nous avons reçu les deux lettres de maman, celle du 27 et celle du 4 Octobre. Nous sommes un  peu affolés par cette histoire de colis. Il est bien évident que si nous avions eu un colis à vous faire envoyer ou même à faire parvenir à la Mazarade, nous vous aurions avertis. Nous commençons à peine à comprendre de quoi il s'agit. maman, comme toujours, en croyant bien faire, fait des bêtises en voulant trop se précipiter. Nous lui avions pourtant bien dit de ne jamais rien envoyer au Maroc, pas même des vêtements tricotés par elle, à cause des taxes de douane, et bien sûr encore moins un colis de la Redoute. Il nous faudrait payer une vongtaine de mille francs aux marocains.
Je m'explique, au mois d'août nous avons fait des commandes à la Redoute, mais nous avons posé deux conditions à la succursale de Béziers.
1° Que le colis arrive avant notre départ pour le Maroc, c'est-à-dire fin Août au plus tard.
2° Qu'on nous fasse les papiers de détaxe ( vous savez très bien que nous faisons tous nos achats en France avant notre départ pour avoir le remboursement des taxes ) !!!
3° Ce colis devait arriver à Béziers, nous n'avons pas donné d'autre adresse.
Fin Août, le colis n'est pas arrivé, nous avons annulé la commande en disant que nous partions pour l'étranger et en réclamant le remboursement. D'autre part, nous avons fait les mêmes achats dans un autre magasin.
Nous supposons maintenant qu'ils ont trouvé l'adresse de Marseille à l'arrière de mon chèque. Ils n'ont d'ailleurs pas le droit d'agir ainsi, puisqu'ils nous demandent à quelle adresse envoyer le colis. Et, maman n'avait pas à ouvrir le colis sans nous avertir. ( ajout par ma mère dans la marge : J'en ai parlé dans plusieurs lettres ??? ) et surtout pas à nous l'envoyer. D'ailleurs, dans ma dernière lettre, je me montre fort étonnée et même si elle n'a pas confiance en moi, Rob relit toutes mes lettres.
Maintenant, si elle reçoit un autre colis de la Redoute, qu'elle le renvoie à l'expéditeur en mattant : " Partis à l'étranger sans laisser d'adresse". Pour ce qui aura déjà été envoyé, nous ne l'accepterons pas. Le colis vous reviendra ( en entier ou non car à la frontière marocaine, ils l'ouvriront et se serviront ). Vous, vous le renverrez à la Redoute. Et nous aurons cette fois bien du mal à nous faire rembourser.
Je ne comprends toujours pas quelle idée a eu maman de nous faire parvenir un colis de cette importance sans attendre notre réponse et alors qu'elle sait que nous ne voulons absolument rien recevoir ici. (
ajout par ma mère dans la marge : dans la lettre du 23 /9, Dan me dit : " N'avons pas reçu le colis ". c'est à ce moment-là qu'il aurait fallu me dire de ne rien expédier.)
Co va bien. Aujourd'hui il fait très chaud. ( Nous espérons que maman pourra venir dans le courant du trimestre, ou au début du deuxième trimestre. ( ajout par ma mère dans la marge :  Peut-on recevoir une mère malhonnête ? Qui se permet d'ouvrir des colis. )
J'ai été convoquée à Rabat pour corriger des copies. j'ai étrenné la voiture. Je n'ai eu aucun mal à changer de voiture.

Bons baisers. Dan
Chers tous,
Nous avons posté hier notre lettre une heure trop tôt. En effet tous nos projets de vacances sont bouleversés. Nous avions prévu une grossesse et un accouchement pour la mi-septembre, mais il y a un mois les tests étaient négatifs. Aussi pensions-nous que Dany n'était pas enceinte. mais comme elle a pris un peu de poids et a du mal à mettre ses pantalons, elle a voulu voir hier après-midi une sage-femme, mère d'une de mes élèves ) et, d'après cette sage-femme, elle serait enceinte de deux mois. Nous essaierons de voir un médecin demain.
Il parît que le bateau de Barcelone a repris du service, aussi viendrons- nous tout de même à Agde. Si nous ne pouvions venir, nous vous enverrions un télégramme avant Jeudi.
Pour les grandes vacances : - rien de changé à notre arrivée ( le 4 Juillet )
- Mais si elle devait accoucher ( à Béziers ou plutôt à Marseille ) après mon départ, elle aurait besoin de vous, pour les démarches administratives, la lessive etc... En tout cas, il n'est plus question de prendre le Massalia le 11 septembre. L'accouchement aurait lieu dans la semaine du 16 au 21 septembre. c'est bien ennuyeux pour vous. Il va vous être difficile de fixer cette partie du congé... Et si Dany fait une fausse couche tout risque d'être de nouveau bouleversé.
Chers...
à moins que vous ne préfériez venir à Noël ou encore nous suivre fin septembre ?
Nous venons de décider de passer une semaine dans l'Ariège, à Saurat ( du 18 au 25 Juillet ). Nous vous proposons de nous accompagner. Il vous faudrait donc prendre un congé à ce moment-là. Pourriez-vous écrire à Melle Marcelle, si elle loue toujours des chambres. Elle pourrait peut-être nous indiquer une autre adresse, si elle ne loue plus. Il est préférable de réserver dès à présent.
Nous espérons que vous n'avez rien dit de cette grossesse  devenue fausse couche, à la famille Parent. Nous voudrions que vous ne leur parliez pas de cette fin malheureuse.
Donnez-nous, je vous prie, le nom et l'adresse du gynécologue qui habite près de la Mazarade. ( La docteresse qui est venue un soir chez vous.)
Dany se joint à moi pour vous embrasser. Ne vous inquiétez surtout pas. Elle est en bonne santé.
Rob
Mes filles sont nées à Béziers parce que nous avions à l'époque des appartements au Cap. Nous les avons vendus pour faire construire la maison et le dernier, pour acheter à Paris, pour les études de notre aînée et ensuite de la seconde.
Lorsque nous travaillions au Maroc, comme j'avais eu un gros problème pour le premier enfant : avortement spontané, curetage et problème de rhésus négatif... Il m'avait fallu faire venir les anticorps par la valise diplomatique et ils étaient arrivés en retard!!!
Bref, après cela, j'ai voulu qu'il naissent en France.

Autrefois, quand les enfants étaient petits, nous allions au Cap d'Agde C'était notre résidence secondaire, alors que nous étions enseignants au Maroc. Mes deux filles sont donc nées à Béziers.
C'est au Cap aussi que les enfants ont appris à faire de la planche à voile. Mon fils a gardé un souvenir touchant des différentes régions de son enfance. Pendant sa longue maladie, il a souhaité revenir aux sources de son enfance et a refait le parcours sportif, le tour des plages du Cap d'Agde.

 
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- Hier on est allé au Cap, le temps était superbe et la visibilité parfaite, on voyait clairement la côte espagnole et les Pyrénées depuis la Grande Conque.
 
Les enfants étudient dehors au soleil, mon mari se prépare encore pour enregistrer le film : l'orange de Noël auquel il a un tout petit peu participé. Il a donné des conseils pour les lieux de la région où aurait pu se dérouler le film. Certains de ses élèves ont été sélectionnés comme figurants, ainsi que des habitants du bourg.

J’avais trop tardé pour me refaire le shampooing colorant, quelques racines blanches de mes cheveux ressortaient. Autrefois cela m’aurait gênée, plus maintenant.
Je suis allée en promenade avec M, je lui ai montré les cabanes de bergers que nous avions récemment découvertes. Cette amie qui marchait tous les mercredis avec moi, malheureusement est morte. Elle est morte brutalement d’une crise cardiaque, et elle me manque. Souvent je pense à elle et je me dis que plus jamais je n’aurai dans notre bourg une amie comme elle : gentille, compréhensive et peu exigeante. Je n'ai pas été sur le moment assez réceptive à cette amitié. Le temps passe et on regrette. J’aimais les promenades avec elle…j'aimais sa simplicité et je regrette de ne pas avoir su assez apprécier sa personnalité un peu effacée. Elle est morte par manque de soins urgents. Le Samu de notre département a trop de km à parcourir pour une urgence de ce type. Et le samu du département voisin se cache derrière des " accords administratifs "... Aujourd'hui son mari vit avec une autre femme et j'ai du mal à ne pas lui en vouloir. Pourtant je le comprends aussi.

Mon fils est encore un jeune garçon que la nature a pourvu d' un tempérament timide et doux dans le monde, et d'un caractère pourtant bien affirmé en famille. Sa physionomie paisible contraste avec une musculature impressionnante pour son jeune âge. Il a le jugement assez droit, avec l'esprit le plus acéré.
Il passe des heures à contempler la nature en écoutant le refrain du vent dans les branchages, en regardant pousser ses arbres ou ses boutures. Enfant, il se livrait tout comme moi, à des rêveries puissantes : une absorption de l’être qui le réduisait à la pure sensation de l’existence, à la douceur de converser avec lui-même dans le silence. cet état procure un bonheur qui ne laisse aucun vide.
Quand il était petit il aimait les courses dans les bois en compagnie de ses sœurs, de ses chiennes et surtout seul. Était-ce le bonheur à flammes sourdes cher à Colette?
Parfois, l'adolescent prenait son vélo et allait sur des routes nouvelles, toujours plus loin, comme si ce qui lui manquait et qu'il ne savait définir se trouvait au-delà de l'horizon.
Lorsque mon fils est devenu adolescent ses passions ont commencé à se révéler. Il s'intéresse tout particulièrement à la météo, aux changements climatiques, aux grands arbres du monde, à la géographie. Je me souviens de sa surprise, enfant, lorsqu'en quittant Andorre, nous avions pénétré dans les nuages... Je me souviens de son attrait pour la neige lorsque, vers 13 ans, quand son père était absent parce que responsable d'un stage, il me disait : " j'aimerais aller jusqu'à la neige ". Nous quittions la maison, nous partions en voiture, avec le chien dans le coffre, et il fallait rouler jusqu'à la neige, près de 100 km. L'enfant et le chien alors s'en donnaient à cœur joie, pendant une heure.
Il y a des moments dans la vie où le sort semble s'acharner sur certaines familles. En 1986 nous avons eu un accident de voiture et j'ai dû être hospitalisée. Mon mari et mes enfants avaient des traumatismes.
Personnellement j'ai eu un fort tassement des lombaires.
Voici les lettres écrites à mes parents :
Chers tous,
Au retour d'Agde et Montpellier où Dan. était allé subir des examens à cause de son problème urinaire, nous avons eu un accident. A l'entrée d'un virage, je me suis retrouvé face à une voiture qui avait complètement franchi la ligne continue. Pour l'éviter, j'ai donné un coup de volant à droite et nous nous sommes encastrés dans un poteau électrique.
Miraculeusement nous sommes tous vivants. Les trois enfants n'ont que des bosses pas graves. Dany a un tassement des vertèbres et une fracture de la vertèbre lombaire n°1. Elle est immobilisée au lit pour un mois. Elle sera transportée à l'hôpital de Brtive demain dans la journée, puis, sans doute, du moins nous l'espérons, hospitalisée à domicile. Il ne faut même pas qu'elle soulève la tête pour manger. Quant à moi, j'ai un problème au niveau des vertèbres cervicales et on m'a installé une " minerve ".
Pierrot et Raymond sont venus hier pour aller retirer les bagages de la voiture. Monette et Christine ont amené les 3 enfants. Isabelle et Corinne sont choquées. Ils nous ont porté votre lettre. On a arraché une dent de sagesse à Corinne lundi dernier. Cela l'a fait beaucoup souffrir.
Danièle se joint à moi pour vous embrasser.
Robert
Chers parents ( 18 Novembre 86 )
Me voici à Gignac en long congé de maladie. Je ne reprends pas avant le mois de Janvier, et seulement si tout va bien.
I. et C. ont été éprouvées par l'accident. I. a récemment eu une crise de nerfs. G. était encore bien petit pour réaliser vraiment le risque.
R. va un peu mieux, il a encore quelques douleurs au cou ( coup du lapin ! ). Il reprendra le travail dans une semaine.
Ma belle- soeur était venue chercher les petits et le chien à l'hôpital de Decazeville le vendredi soir. Elle les a gardés jusqu'au lundi, date de mon transfert à Brive. Avant cette date je n'étais pas transportable. Puis R. a pris le relais pour s'occuper des petits jusqu'à ma sortie de l'hôpital.
Je suis restée 10 jours allongée sans bouger. Il fallait me faire manger. Puis 3 jours où l'on m'a permis de faire le tour du lit. J'ai donc fait 13 jours d'hôpital.
Maintenant le temps fera le reste mais j'ai des douleurs partout malgré 4 dolipranes /jour. Je porte une ceinture.
J'espère que vous allez bien.
Bons baisers.

En 1987, nous avons été cambriolés et avons trouvé notre maison non seulement allégée de ce que nous aimions, mais complètement dévastée : en désordre, bouleversée avec des objets restants cassés.
En 1988 J'ai eu un cancer qui me donnait pour deux mois à deux ans de vie devant moi.
Opérée le 21 Janvier 1988. On m'a enlevé les ovaires, le péritoine, l'utérus, les battants, une partie de la peau du ventre et gratté la peau des intestins. Puis remonté la vessie.
En 2000, c'est mon fils qui a eu un cancer, plus tard mon mari en a eu deux et une maladie auto-immune et moi-même un second cancer... Heureusement jusqu'à ce jour, nous avons eu la chance et la volonté de nous remettre.


L'angoisse pour la santé, dès 42 ans.

 
J'ai eu un cancer des ovaires à 42 ans. Je me revois à l’hôpital…
Je me rappelle la visite de la psychologue !!! Elle ne m'a pas réconciliée avec les personnes de ce métier. J'ai accepté sa visite car je n'aime pas heurter les gens de front, je suis toujours réservée. Déjà sa venue n'est pas rassurante... Je ne demandais rien et je me sentais bien dans ma tête, prête à lutter jusqu'au bout pour les miens. Je regardais la télévision pour meubler le temps et je lui ai parlé sans réfléchir des otages dont il était question !!! Elle m'a demandé si je me sentais prisonnière de la maladie comme une otage...Alors que c'est le hasard de l'émission qui m'avait donné cette idée...

Un autre soir, n'attendant plus de visites, je me déshabillai, suspendis mes vêtements dans la petite penderie et enfilai mon pyjama et ma robe de chambre.
Je m'assoupis un peu :
- Madame,
C’était le curé de l’hôpital qui avançait timidement vers moi.
Je n'étais pas certaine que sa visite me fît plaisir, mais ce curé avait l'air si sincère que malgré la déception que m’avait causé la psychologue, ( je me souviens de sa venue comme d’une blessure… !!!) j’acceptai qu’il entrât dans la chambre d’hôpital. Il venait pour m’offrir une revue, pour que je ne m’ennuie pas trop dans ma chambre d’hôpital. Vu après coup, 20 ans après, je souris. C'était tout de même deux oiseaux de mauvais augure...


L'angoisse pour les enfants,c'est à tout moment que je l'ai ressentie et transférée sur leurs études. Des années d'angoisse depuis leur maternelle, au cours de laquelle j'ai voulu moi-même leur apprendre à lire... à, disons aujourd'hui !!! J'aimerais tellement qu'ils gagnent bien leur vie et soient heureux. Pour en revenir à la maternelle... j’avais en effet, à l'époque, en plus de ma licence, de ma maîtrise et d'un diplôme supérieur sur l'art, le CAP des instituteurs, et j’avais par ailleurs enseigné dans une école pour la formation des enseignants au Maroc. Je souhaitais à la fois profiter de mes compétences et donner à mes propres enfants, une chance de plus, en cas de difficultés. Je n’avais pas, en outre, vraiment confiance dans l’enseignement collectif et dans l’indifférence des instituteurs. Le fait est que mes enfants ont tous su lire avant le CP et avec une aisance exceptionnelle. Un des maîtres de mon fils, lors d'un changement d'école, croyant que l'apprentissage était dû à l'instituteur précédent, m'avoua :" J'ai honte de mes élèves lorsque j'entends lire votre fils. " Il ne me l'aurait jamais dit s'il avait pensé que j'y étais pour quelque chose. Les maîtres n'aiment pas qu'on interfère dans leur enseignement.


Je me souviens de certaines remarques : Un tel apprendra plus vite à lire que votre fils. Alors qu'il savait déjà lire et je n'ai rien osé dire... !  Il n'est pas plus intelligent. Je n'ai jamais prétendu le contraire ! Mais mes enfants avaient des maîtres à la maison en permanence. Et ils ont tous les trois fait des études non pas brillantes, mais tout à fait honorables. Si notre fils avait eu un an d'avance comme notre fille, peut-être aurait-il pu aller plus loin dans ses études car seule la maladie l'en a empêché dès 20 ans ? Je ne comprendrais jamais pourquoi les enseignants du primaires sont si acharnés contre les parents qui ont des compétences et veulent aider leurs enfants d'un point de vue scolaire. Un sportif apprend son sport à son fils, un artiste communique son art, un chasseur choisit de beaux souliers. Pourquoi un enseignant ne peut-il aider ses enfants sans attirer les foudres des enseignants du primaire. Au nom de l'égalité qui n'existera jamais  ? Pour éviter l'ennui de ceux qui savent plus de choses et pourraient s'agiter ?

Je me souviens ensuite des stages que faisait R. en Angleterre ( Londres, Norwich ), de ses séjours à Canne, avec des collègues, des élèves, en Russie ?...Il a toujours eu besoin de bouger, de s'agiter, voire d'avoir une vie sociale démonstrative... C'est son tempérament, sauf qu'il m'est arrivé d'en souffrir, car si j'ai fait un stage en Angleterre, c'était par nécessité seulement et la seconde fois la famille est venue aussi. Mais lorsqu'il partait, qui s'occupait des enfants, de la maison ? En dehors des obligations, je n'aurais jamais osé lui dire, je pars avec des collègues, débrouille-toi...

Le bac a toujours été une rude épreuve, pour eux, comme pour nous, les parents.
Et pourtant ils ont tous bien réussi un bac " s ".

Nouvelle année d'angoisse : notre fils passe le bac ( 97 ) et ne rêve que de sport, il a l'impression de gâcher sa vie, notre seconde fille a échoué en licence et refuse de changer de fac malgré le pourcentage dérisoire des scores de réussite à Jussieu et la difficulté, doublement accrue, par l'obligation d'obtenir la moyenne à chaque module et par le fait qu'elle n'avait pas suivi le DEUG de la même discipline. L'économie et la gestion étaient nécessaires à son futur métier, mais elle avait étudié en maths et statistiques jusque-là. Ses quelques difficultés relatives et son échec en licence l'ont pour un laps de temps, de nouveau, démotivée...
Le bac a toujours été une rude épreuve, pour eux, comme pour nous, les parents. J'ai même été inquiète pour l'aînée qui s'est pourtant bien débrouillée, mais comment le savoir à l'avance ? Ma seconde fille aussi a réussi, très bien réussi même. Nous avons cru un moment qu'elle serait bloquée au niveau de cette licence. Inquiète, je l'étais aussi parce qu'à l'âge de notre fils, il me semblait qu'elle ne savait pas travailler seule, qu'elle ne se mettait pas facilement devant ses livres, pas sans sérieuse motivation, qu'elle travaillait plutôt superficiellement... Plus tard, elle a prouvé que ce n’était pas exact.
Je les ai tout au long de leur scolarité, soutenus moralement, peut-être trop au dire de mon fils qui aurait souhaité que je l'habitue davantage à se prendre en charge. Mais nous, nous avions peur pour son avenir, en cette nouvelle période de crise.
Lorsque mon amie B. m'a annoncé le succès de ses enfants, du point de vue des études, sur le moment, j'ai souffert. Il me semblait que les miens ne réussissaient pas aussi bien. Puis, j'ai pensé à une autre amie A., qui m'avait dit il y a quelques années: " J'ai été jalouse de tes filles " et finalement, les siennes sont toutes deux institutrices et, même si ce n'est pas suffisant pour les rendre heureuses, du moins, elles ont un métier stable. Mes deux filles aussi ont un métier après tout, aujourd'hui. Et un bon métier stable, même si elles ne gagnent pas autant d'argent que les enfants de B. L'essentiel, c'est la recherche de la paix, de l'épanouissement et de la stabilité.

B. vient encore de m'annoncer le succès de ses enfants, du point de vue des études et du travail.  Cela ne me fait plus mal.  Depuis, j’ai réalisé que la vie révélait bien des surprises. Mes enfants pour le moment ne se sont pas trop mal débrouillés et mes deux aînées ont connu l’amour, la vie de famille. J’espère que le dernier connaîtra à son tour cet épanouissement à deux.

 

Maintenant je sais qu'on ne peut rien faire pour les enfants s'ils ne veulent pas participer. Leur avenir est entre leurs mains et j'ai du mal à faire partager ce constat aux enfants eux-mêmes, devenus parents à leur tour. L'expérience ne se communique pas. Chacun doit vivre sa vie, suivre son chemin.

Notre fils est devenu couvreur. Je suis fière de lui, il a la stabilité, la paix, le plein air qu'il a toujours aimés et recherchés, mais c'est un métier dangereux.

 Hier nous avions la fameuse plantation des arbres après les élections et le soir un pique nique a été offert à tous les villageois. Il a été très riche en bouchées et gâteaux divers ! Certains étaient saouls le soir !!! Mes amis de randonnée sont venus, tout s'est passé sur le site du vieux moulin au sommet de la colline. Il y avait plus de 200 personnes. Les uns venaient, les autres partaient. J'ai revu un de mes élèves. Je n'ai pas osé m'approcher. Il est paralysé depuis l'âge de 18 ans, à la suite d'un accident de voiture. Il doit en avoir 40 ? Je ne sais quoi dire dans ces cas-là. Ma collègue et amie a été plus courageuse et il l'a reconnue. Je pense souvent à lui quand je passe dans son quartier : une vie gâchée en une seconde dans les virages. Et encore, il a été presque un légume, comme on dit, pendant assez longtemps et il s'améliore doucement. Il peut communiquer en faisant traduire par sa mère, se soulève sur ses pieds.
Notre petit P. a été infatigable au cours de cette soirée. On nous a dit qu'il était hyper actif !! Cela promet !!!


Le temps qui passe bien sûr transforme nos émotions, nos regrets, nos désirs.

Je suis tombée devant le monument aux morts à Saurat !!!. Je voulais faire sauter la caniveau plein d'eau à l'aînée de mes petites filles. Elle avait 3 ou 4 ans ? Il y a de nombreux caniveaux qui coulent à flot à Saurat. N'ayant pu proyéger mon visage puisque je tenais la petite, je me suis en partie défigurée. Ma lèvre ne sera plus jamais comme avant. Les pompiers qui assistaient ce jour-là à la commémoration m'ont amenée à l'hôpital de Foix. J'ai eu droit à des points. Mais seulement à l'expéreiur de la bouche , or la partie iterne était ouverte aussi. Manque d'expérience du medecin ? J'ai gardé une grosseur sur la lèvre supérieure qui s'est à pein atténuée avec les années.

C’est sans trop d’espoir que nous rechercherons nos premières impressions sur les lieux que nous avons connus autrefois ou aimés, pensait Proust, mais c’est la même chose pour les sentiments éprouvés ou les instants de bonheur, nous ne les éprouverons jamais plus exactement de la même façon parce que le temps qui modifie l’apparence des paysages et des décors modifie aussi les sentiments que nous éprouvions, parce que l’adulte, le vieillard qui les recherchera ne sera plus le même, l’effet de surprise n’agira plus et l’enthousiasme ou la déception s’émousseront. Les souvenirs sont des images évanescentes, comme les années.

Je ne retourne pas souvent chez mes parents depuis que je les ai quittés presque en claquant la porte, à la naissance de ma fille aînée. Depuis, j'ai découvert un autre monde, j'ai vécu longtemps au Maroc, longtemps dans le sud Ouest de la France, sans revoir ma famille. Pendant cette période, mes parents n'ont rien fait pour être agréables. Nos rares séjours devenaient des heurts de jugement, de pensée, de paroles même. Mon père n'hésitait à faire des remarques : " tes enfants vont m'enrhumer, tu es une salope de nous abandonner... Ma mère n'est pas venue à mon accouchement, pour ne " pas me servir de boniche "... Que cachaient ces paroles dures ? De la déception, de la souffrance ou de l'indifférence ?

Quand je retournais chez moi, j'éprouvais un mal être. Je voyais le contraste désolant entre leur maison qu'ils avaient volontairement négligée et  la notre, si confortable, dans le Sud Ouest.

La joie, la tristesse, la volonté que nous avons alors éprouvées ont déjà un passé. Rob a eu de nombreux problèmes de santé : une pseudo-polyarthrite Rhizomélique...

Hélas, c’est quand ces moments deviennent rares ou lorsqu’ils risquent de ne plus se reproduire, que tout fuit, même notre besoin d'aider... qu’ils commencent à nous manquer. Et c’est aujourd’hui que je réalise toute l’horreur de la maladie de mon fils, que je pense à nos escapades dans les bois...

Tous ces moments de bonheur étaient situés à la fois dans l’espace, dans le temps et dans une pensée fugitive.

- 33 ans ( now 40 !!!) ensemble ton mari et toi !!! et sans coup de canif dans le contrat, c'est vraiment admirable, hélas, je ne pourrais en dire autant mais je ne regrette rien.

- Je n'ai pas dit sans petits heurts, mais jamais rien de bien grave. Chacun a son caractère bien affirmé. Mais bon, c'est la vie.

 Il me semble qu'il a tendance à confondre son opinion avec la vérité, mais il ne se montre pas d'une insistance désagréable. Il est trop cultivé, il cherche sans cesse à apprendre, à savoir. Par conséquent, il est toujours trop sûr d'avoir raison pour se donner la peine d'être discourtois. Mais ses réponses tranchantes sont parfois blessantes, mais lorsque je réfléchis pas toujours justes ou irréprochables...


Confiance simple et spontanée qui faisait partie de moi où es-tu passée ?... Chaque drame de la souffrance et de l’angoisse nous transforme un peu. Mais dans la souffrance rayonne parfois encore le sourire d’I, la spontanéité de C, le calme placide, affectueux et moqueur de G. Grâce sans doute à l’amour de la nature, des petits enfants, à notre besoin de sincérité : symboles d’une société qui s’écroule, nous arriverons toujours à nous retrouver.
Si comme le pensait Proust le passé ne meurt pas à jamais, s’il reste enfoui dans les profondeurs de l’inconscient, il ne faut pas pour autant le regretter en permanence. Le temps s’écoule mais nous ne devons pas passer à côté du présent et les projets d’avenir sont comme les assises de la stabilité morale. Les impressions évanouies sont non seulement prêtes à reparaître, mais chaque instant peut apporter son lot de sensations. Si du passé rien ne subsiste après la mort des êtres, après la destruction des choses, ces sensations fugitives renaissent frêles, immatérielles mais bien réelles. C’est notre pensée plus profonde qui leur redonne vie.

Avec l'âge, dans notre vaste maison sans les enfants, je me rapproche des cheminées. Elles réchauffent mon corps et un peu mon ennui, lorsque les petits ne bourdonnent pas alentour...Lorsque la maison est solitaire surtout, il m'a toujours semblé que même les plus fortes canicules étaient incapables de réchauffer les nombreuses pièces. Quand je n'agis pas physiquement, j'y ai toujours froid. Peut-être est-ce un froid intérieur ?  Des êtres  qui ont su supporter la maladie, la peur ont parfois des rebonds tardifs dans la soudaine inaction. Parfois maintenant, je ne sais plus où je suis bien... Marseille, G. ??? Sans les enfants, suis-je devenue étrangère en toux lieux ? Je me suis accrochée à une besoin d'affection que ma réserve fait reculer cependant, pas à des lieux ou des murs. Je n'ai jamais été de nulle part. Je suis bien au milieu des petits enfants, des animaux, des oiseaux, dans les paysages chauds et ensoleillés aux vastes horizons, dans les coins intimes comme des nids douillets, dans les soirées tièdes remplies du chant des cigales et embaumées par la nature ? Contradictions ? Peu importe... Je retrouve mes forces ou mon allant grâce à eux. Mais quand je pense aux malheurs possibles, alors je me sens bien. L'homme est ainsi fait qu'il lui faut le pire pour reconnaître le meilleur.


Notre petite famille a connu la période mystérieuse entre deux siècles celle qui nous situe comme au confluent de deux fleuves. Que m’apportera la rive inconnue ? Et surtout qu’apportera-t-elle à nos enfants?


- Toi, par contre, tu vis pleinement, et tu as bien raison. Tes enfants,  ta mère, ton mari, et les voyages en perspective. Je suis un peu jaloux, mais en même temps heureux de savoir que tu ne t'ennuies pas, au contraire ; que tu es bien entourée, avec quelques soucis sans doute, mais qui font partie de la vie, et que l'on peut surmonter. Je te souhaite donc de très beaux voyages, en espérant toujours avoir un petit mot à ton retour.


Date de création : 15/07/2010 . 20:24
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Réactions à cet article

Réaction n°1 

par PLV le 08/01/2011 . 15:06

Toujours bon de vous retrouver chère Mireille.

Parmi vos souvenirs et vos ressentis.

Une précision cependant : selon moi, un curé n'est pas toujours de mauvais augure ... Et les psychologues, pas toujours délicats. J'en connais même qui devraient se faire soigner ...

Non bien sûr...Mais je sais que ce curé, bien qu'il fût sympathique, de même que la psychologue d'ailleurs , ne seraient venus me soir s'ils n'avaient eu pitié d'une jeune femme, à l'hôpital, avec un cancer qui se guérit rarement !!! L'un venait pour le salut de mon âme, l'autre pour celui de mon esprit avant que je ne meure ! C'est pour cela que je les ai qualifiés d'oiseaux de mauvais augure. Ils étaient sans doute sincères, mais moi je croyais en ma guérison possible, eux non !!

Amitiés Mireille


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